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2009-2019 : 10 ans dans la vie d’une Caribbean Boss Lady

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Avec 2019 s’en va une décennie, et le moins que je puisse dire en ce qui concerne ces années, c’est qu’elles ont été fondatrices pour moi. Des belles rencontres, des amitiés, des amours exaltantes ou contrariées, des déceptions professionnelles mais aussi des réussites fulgurantes, mon fils, des montagnes à gravir mais aussi des vallées à traverser, ont marqué ces 10 dernières années. À la demande de nombre de mes lectrices et lecteurs, je reviens, de manière non exhaustive, sur 10 ans dans la vie d’une Caribbean Boss Lady.

2009 

Apprendre, encore et toujours pour repousser ses limites.

En 2009, j’avais 25 ans, un master en Sciences humaines et sociales mention Philosophie de l’Université de Nanterre Paris X en poche, trois ans d’expérience en tant que professeure de Philosophie, des années et des années de journalisme amateur qui se convertissaient en journalisme professionnel, mais toujours ce sentiment d’inachevé à un niveau académique. Et pour cause, dès mes 20 ans, j’écrivais déjà des discours pour le compte de personnalités politiques de ma région, j’apportais aussi un concours sur la stratégie électorale, et mon appétence et mon intérêt pour la politique ne cessaient de grandir. J’ai logiquement voulu officialiser mes expertises avec un Master de Droit Public mention Sciences Politiques spécialités gestion des collectivités territoriales et communication politique de mon Alma Mater. Mon job de journaliste au « Progrès Social » ainsi que mes cours de Philo m’ont aidé à financer ce diplôme que j’ai travaillé à distance, et je tiens encore à remercier mon directeur de mémoire, le Pr. Voilliot qui m’a tant soutenue même quand l’énergie me manquait, ou encore quand, à peine arrivée à Paris pour passer des épreuves, j’ai été atteinte de la grippe A ! 

Et puis, 2009, c’est aussi l’année du LKP : lors des six premiers jours du mouvement, j’étais justement à Nanterre pour des partiels, et j’ai pu couvrir les manifestations parisiennes de soutien au LKP. Rentrée en Guadeloupe, j’ai couvert le mouvement, interviewé des acteurs-clés, des avocats engagés, et la suite appartient désormais à l’Histoire de mon pays, la Guadeloupe. 

2010

Voilà une année magistralement « creuse » à un niveau professionnel, car durant plusieurs mois, j’ai dû m’occuper d’un problème de santé que plus d’une Française sur 10 rencontre dans sa vie, et qui passe parfois inaperçu malgré des dégâts terribles ; le syndrome des ovaires polykystiques. Ce trouble hormonal, encore mal connu, n’a pas de suite dit son nom. J’avais trouvé bizarre de prendre autant de poids, malgré une bonne hygiène de vie. Certes, j’ai toujours été de ces femmes pulpeuses, mais cette année-là, les choses étaient hors contrôle, et il fallait les prendre sérieusement en main. Opération chirurgicale par laparotomie, incapacité de marcher pendant près de deux mois, traitements médicamenteux ; j’ai eu la totale. Durant ma convalescence, j’ai renoué avec un rythme intense d’écriture, et j’ai conçu différents projets de documentaires qui n’ont jamais vu le jour. Cette année-là, j’ai surtout eu le loisir de redécouvrir Paris, durant ma convalescence : les musées, les lectures, se retrouver seule dans un minuscule appartement du Marais (assise aux toilettes, je pouvais cuisiner en même temps dans la kitchenette !) m’a fait du bien et m’a aidé à faire un point nécessaire. Et puis j’ai pu compter sur ma famille et mes amis, et ça, c’était d’une valeur inestimable. 

2011

Alors que je travaillais sur mon projet de cours de Philosophie créole, à Paris, la fin de cette année a été comme une déflagration : c’est à cette période que ma mère a été placée en garde à vue, puis en détention provisoire durant plusieurs mois pour une affaire concernant ses activités entrepreneuriales. Voilà une femme qui m’a toujours donné l’image d’une force de la Nature qui se retrouvait rabaissée par les médisances, les faux témoignages, la jalousie, mais aussi la malhonnêteté d’un collaborateur. Elle aurait pu être broyée, plus qu’elle ne l’a été, par l’appareil judiciaire si mon grand-père paternel, mon premier petit frère et moi n’avions pas tout mis en place pour assurer la défense de ses droits fondamentaux : avocats, gestion de la presse, rappel de ses droits, visites en prison… Elle a été blanchie sur la majorité des points qui lui étaient reprochés, mais d’autres affaires suivent leur cours en appel et en cassation ; le temps de la justice n’étant pas toujours celui des hommes pour laver l’honneur ou encore assumer des erreurs en toute dignité. 

Cet accident de vie de ma mère, certains l’ont aussi pris comme prétexte pour essayer de me faire croire que j’étais devenue moins valable dans la société, et que ma voix et tout ce que j’avais alors à dire étaient devenus caducs. Aujourd’hui encore, alors que je suis engagée en politique, mon principal concurrent pour lequel je suis le challenger à abattre, n’a que ce pseudo-argument fielleux à la bouche, puisqu’il est incapable de me répondre sur un plan politique. 

C’est une épreuve qui a beaucoup fait souffrir ma famille, et qui nous fait souffrir encore, mais au fond, sans excuser quiconque (car je suis pour que les uns et les autres répondent de leurs actes, peu importe qui ils sont), c’est une épreuve qui a soudé plus que jamais cette famille : Je me revois encore prendre un billet d’avion depuis Paris pour venir gérer les affaires, prendre mon père dans mes bras alors que je le voyais pleurer pour la première fois, récupérer mon dernier petit frère, 11 ans, et repartir avec lui à Paris, loin de cette agitation et des pressions qu’il aurait pu subir. Que mon autre frère, ma sœur et mon beau-frère soient remerciés de m’avoir aidé à m’occuper de lui dignement, malgré tout. Cette épreuve nous a aussi permis de faire le tri dans nos relations, et c’est surtout une épreuve qui m’a forgée dans un acier mental et spirituel inoxydable. 

2012

Je n’oublierai jamais cette émotion intense qui m’a saisie en recevant mon exemplaire d’auteur de notre ouvrage.

Une année pivot et décisive sur bien des plans, et particulièrement le plan professionnel. C’est l’année où, après neuf mois d’écriture à quatre mains et à distance, avec Mylène Colmar, nous avons publié grâce à Ibis Rouge notre ouvrage Abécédaire LKP, Clefs analytiques et critiques du mouvement. C’est Mylène qui a eu l’idée de ce livre, et j’avoue que ce projet m’a très vite emballée. Je connaissais son travail à « Sept Magazine », et elle m’avait été présentée par un estimé ami du lycée dont elle est la cousine, et je savais le respect mutuel. Depuis, nous sommes devenues amies, et c’est l’une des plus belles rencontres que j’ai faites durant cette décennie. Là encore, la suite appartient à l’Histoire de la Guadeloupe. 

2012, c’est aussi l’année où j’ai quitté la Guadeloupe et Paris pour m’installer en Haïti et y prendre un poste de façon régulière, pour la Banque Interaméricaine de Développement puis pour le gouvernement d’Haïti, grâce à une opportunité provoquée sans même le savoir. Ce serait trop long d’y revenir, mais je vous renvoie à mon interview accordée à The Link Fwi. Cette expérience qui a duré plus de deux ans, c’est l’histoire d’une rencontre inévitable entre la Première République noire et moi, et c’est aussi là où j’ai gagné plus de 15 ans de maturité professionnelle et stratégique. Pour cela, je dois remercier chaudement mon ami Vladimir Laguerre, mais aussi et surtout mon ancien supérieur hiérarchique, Ministre du Commerce et de l’Industrie et Ministre de l’Économie et des Finances, le professeur d’Université Wilson Laleau. Haïti et son Ministère du Commerce et de l’Industrie ont été mes génies créateurs et m’ont fait naître une deuxième fois comme Caribéenne convaincue, et professionnelle désormais aguerrie. 

Avec mon boss (de dos) après un déjeuner protocolaire dans le cadre du lancement de l’aide au développement du commerce des pays de la CARICOM que j’avais coordonné pour mon Ministère, à l’hôtel Royal Oasis de Pétion-Ville. Juin 2013.

2013

2013 fût à bien des égards une année d’affirmation. D’abord professionnellement grâce à mes activités de directrice de la communication du Ministère du Commerce et de l’Industrie de la République d’Haïti.  À ce poste, aider le Ministre à gérer des crises avec la République Dominicaine voisine, et faire de la pédagogie sur le premier projet de loi des finances rationnel du pays, ont permis de révéler la battante et la compétitrice en moi.

À Gorée, avec Mylène Colmar. Les Guadeloupéennes devant la plaque offerte par Mme Lucette Michaux-Chevry.

Mais 2013 a aussi été l’année où, après avoir été lauréate du concours de blogging francophone « Mondoblog », je suis partie au Sénégal avec Radio France Internationale, en guise de récompense. Ce premier contact avec l’Afrique (Mylène était aussi du voyage) m’a permis de rencontrer des jeunes leaders francophones internationaux extraordinaires qui sont depuis devenus des amis chers à mon cœur. Je pense à Fatouma Harber, ma Boss Lady du Mali, à Danielle Ibonh et William Bahia du Cameroun, mais aussi à Cyriak Gbogou, alias « le Patron », que nous avons revu en Côte d’Ivoire en novembre 2019 et a été un véritable grand frère pour nous là-bas. Ce voyage nous a permis de visiter l’île de Gorée, où l’émotion a été intense, et où nous avons pu découvrir un monument offert par l’ex-présidente de la Région Guadeloupe, Mme Lucette Michaux-Chevry.

Adrian J+2 par Guillaume Aricique

2013, c’est aussi l’année de la naissance de mon fils Adrian, né prématurément le 21 octobre, date symbolique pour les Guadeloupéens épris de liberté. Pour la petite histoire, j’étais partie au Sénégal, en début avril, ignorant ma grossesse et me faisant faire un vaccin contre la fièvre jaune ; chose formellement interdite lorsque l’on est enceinte. Ce n’est qu’à mon retour de Dakar que j’ai su que je portais la vie, et depuis, élever cet enfant est non seulement une bénédiction quotidienne, mais surtout un challenge de taille, d’autant plus que son père et moi nous sommes séparés quand il avait trois mois et que nous vivons dans des pays différents. Devenir maman, à un moment où cela n’était pas particulièrement dans mes plans de vie, au final, s’est révélé comme étant ce qu’il m’est arrivé de mieux.

2014

Année électorale, j’accompagne bénévolement un candidat dans ma ville d’origine et qui m’avait été présenté en juillet 2013 par un grand cousin. Comme beaucoup de jeunes, je crois en son projet et sa volonté d’alternance. Je m’occupe de ses discours, de ses relations presse, de la conception de l’iconographie de sa campagne, et je suis convaincue de participer à une entreprise progressiste. Une fois élu, il insiste que je fasse partie de son équipe de collaborateurs en mairie alors même que je relançais mon entreprise de consulting. Après son insistance, j’accepte, mais à peine deux mois après son arrivée au pouvoir, le management n’est pas adéquat, il n’y a aucune feuille de route, le projet électoral est balayé et à l’intérieur de l’équipe, je lui apporte une contradiction constructive, et très vite cela me vaudra des ennuis d’une violence inouïe. J’apprendrai, au fil des mois et des années suivantes que d’autres qui n’avaient pas le choix comme moi de se mettre debout, de partir, et de refuser l’inacceptable ont payé cher de leur santé, leurs familles, entre autres. 

Cette année-là, j’ai compris que des loups pouvaient bien se déguiser en brebis, et que la politique à l’ancienne, celle qui tient les gens par le ventre et ne les respecte pas, n’était malheureusement pas morte. Je me suis jurée de toujours combattre cette atteinte à la dignité qui ne dit pas son nom. 

2015

Mon activité de consulting officiellement relancée depuis plusieurs mois, je m’épanouis de plus en plus en tant que freelance, et j’apprécie être une jeune maman qui travaille en organisant son temps comme elle l’entend, entre la Guadeloupe et d’autres territoires de la Caraïbe où l’on fait de plus en plus appel à moi. 

C’est aussi l’année où, avec Mylène et d’autres amis, nous nous impliquons corps et âme dans l’organisation du tout premier TEDx PointeàPitre que l’on parvient à connecter à l’Université, grâce à mon ami Didier Destouches alors vice-président de pôle. Une expérience humaine extraordinaire, mais gâchée quelques jours après par les attentats du 13 novembre 2015. Je me souviens de ce soir-là comme si c’était hier : j’avais conduit Carel Pedre, un ami haïtien cher à mon cœur, pour des interviews à Guadeloupe 1ère. Alors que je l’attendais dans la salle de la rédaction, j’ai vu les terribles images défiler. J’ai tout de suite imaginé le pire, car je savais que mon premier petit frère devait aller au match et que ma petite sœur aimait bien sortir. Très vite, j’ai pu les avoir et être rassurée, mais la vérité c’est que ce soir-là, j’ai vraiment pris l’ampleur de la place que peut encore tenir l’obscurantisme même au XXIème siècle. 

2016

Team-building avec l’équipe à Saint-Martin

Janvier, je décide de faire un choix comme un grand saut : au lieu d’intégrer une grande administration guadeloupéenne, j’accepte un poste de collaboratrice du député de St-Martin et St-Barthélemy, rattachée à la Collectivité territoriale de St-Martin, puisque ce dernier était aussi conseiller territorial de l’opposition et candidat à la présidence de la COM. L’idée de déployer mes expertises de communication et stratégie électorales sur un territoire que je voulais tant connaître, parce qu’il avait choisi l’autonomie, m’enthousiasmait au plus haut point. Les débuts sont, pour la jeune maman que j’étais, difficiles car mon fils, alors âgé de deux ans et demi, n’était pas encore en âge d’entrer en maternelle ; toutes les très petites sections étant remplies et toutes les crèches étant débordées. Résultat, j’ai dû vivre séparée de mon fils, resté en Guadeloupe avec mes parents, jusqu’à août, et sa première rentrée a été effectuée à Saint-Martin. 

C’est une année que j’ai particulièrement appréciée, car Saint-Martin est un vrai cas d’école pour la publiciste et la technicienne politico-administrative que je suis. Et puis je dois dire que j’avais la charge d’une belle équipe de jeunes gens qu’il fallait organiser et faire monter en puissance. Ensemble, nous avons fait des choses extraordinaires qui m’ont permis de gommer toutes les aspérités et difficultés inhérentes à la vie d’une maman célibataire loin de chez elle. 

2017

En Haïti, au SIFNUH 2018, entourée des jeunes filles que j’ai pu sensibiliser, en atelier privé, sur la question du cyber-harcèlement et de l’identité numérique. Des actions concrètes que me permet de mener Caribbean Boss Lady.

15 janvier, je lance CaribbeanBossLady.com. Le but ? Encourager le leadership et l’empowerment féminins dans la Caraïbe. Là encore, les origines et la suite appartiennent à l’Histoire de la Caraïbe, mais je regrette de ne pas avoir été autant disponible que je le voudrais pour cette initiative, même si grâce à elle j’ai rencontré des personnes extraordinaires, j’ai donné des conférences, j’ai raconté mon histoire, j’ai voyagé, j’ai été touchée par la grâce de jeunes filles résilientes dans nombre de pays. Mais au fond, aussi imparfaite que puisse être cette initiative, le plus important, c’est l’impact positif qu’elle laisse. Des jeunes filles et des femmes continuent de m’appeler tous les jours pour me dire que leur vie a changé grâce à une mise en relation, un conseil, un article, un atelier, une conférence Caribbean Boss Lady. J’en suis reconnaissante et heureuse de pouvoir développer une telle initiative avec mon équipe et mes partenaires. 

Plus tard, en mars, les élections saint-martinoises gagnées par mon candidat, la fin de campagne ayant été entachée par un énorme incident humain et diplomatique provoqué par deux personnes de son entourage à mon égard, j’ai décidé d’arrêter là notre collaboration. Question d’incompatibilité de valeurs. Il est vrai qu’en politique, la première chose qui cause la perte d’un candidat ou d’un élu, c’est son entourage, et si le politique ne possède pas le discernement nécessaire et qu’il n’est pas suffisamment lucide et courageux pour comprendre que le travail d’un conseiller efficace n’est pas de le flatter, il perdra systématiquement ses meilleures citadelles, au profit des renards qui flattent le corbeau. 

Cette année-là, j’ai aussi été engagée par deux candidats aux législatives en Guadeloupe, après Saint-Martin. L’une m’aura coûté très cher, car une cliente indélicate refusera jusqu’au bout de payer des prestataires ayant œuvré sur sa campagne, dont moi. S’en est suivie une vraie guerre des nerfs, où j’ai découvert comment certaines personnes déjà bien installées au pouvoir peuvent être d’une malhonnêteté insondable. Avec les autres créanciers, nous avons donc créé un collectif pour la poursuivre. Certains, n’ayant pas les moyens ni l’énergie de se battre en justice ont abandonné ; moi, j’ai poursuivi, aux dépens de mes finances, mais cela en valait largement la peine. La dignité et le respect ne devraient jamais avoir de prix. 

L’autre expérience des législatives aura été marquante et décisive : il s’agissait de diriger la campagne de Laurent Bernier, maire de Saint-François, alors Secrétaire Général des Républicains et président du SIAEAG, face à un nombre record de concurrents (plus d’une vingtaine). Tout le monde me disait que je perdais mon temps avec lui. Un journaliste bien connu de la place m’a même sorti un jour : « Qu’est-ce que tu fais avec Bernier ? Il ne sera même pas dans le top 10 ! ».

Mais c’était mal me connaître : non seulement je croyais (et je crois encore) très fort en Laurent Bernier (il a été l’une des personnes m’ayant donné l’envie, dès mes 17 ans, de faire de la politique), mais en plus cette sentence défaitiste m’a motivé à trouver des ressources pour faire mentir le sort. Résultat, il a été le troisième homme qui a pu faire pencher la balance en faveur de la nouvelle députée de la deuxième circonscription de la Guadeloupe. Après cette campagne, son équipe me propose alors de devenir sa nouvelle directrice de Cabinet en mairie. J’accepte, mais je lui conseille de démissionner des Républicains, estimant que la ligne de plus en plus dure, flirtant avec l’extrême droite, du nouveau président d’alors, Laurent Wauquiez, était radicalement différente des valeurs de Bernier. Très vite, je comprends qu’il l’envisageait déjà, et je suis alors contente que notre collaboration commence sur cette note de confiance partagée, même si elle me vaudra de violentes inimitiés dans la droite guadeloupéenne…ou plutôt ce qu’il en reste…Mais, comme le prouvera la suite de l’Histoire, combattre l’extrême droite, à Saint-François comme ailleurs est, pour moi, une question de principe. Je suis une progressiste, enfant de métissage, apprentie philosophe. Question de cohérence.

2018

Photo de lancement pour « Objectif Boss Lady » par Guillaume Aricique

Année intense. Encore. Alors que Mylène et moi lancions le podcast « Objectif Boss Lady », je m’installais au poste de directrice de Cabinet, souvent difficile, et il fallait pouvoir faire beaucoup avec peu. Ce que j’ai préféré ? Faire du terrain, découvrir les Saint-Franciscains, mais aussi comment la vision d’un homme comme Lucien Bernier, le grand-père de Laurent, a pu redynamiser un territoire. Cela me fait alors rêver pour chez moi, Petit-Canal, et je lance alors un mouvement politique local, dans ma ville ; Balan O Kannal. Il fonctionne comme un think-tank, c’est-à-dire un cercle de réflexion pour proposer un projet de gouvernance locale plus transparente et un pacte territorial de réussite. Bien sûr, le maire en place réagit très violemment, et l’un de ses sbires, grassement payé par la mairie comme prestataire « communication et relations presse », animateur d’un groupe WhatsApp, publie une photo d’un article de la presse locale datant de 2011 et relatant le début de l’affaire judiciaire de ma mère. Depuis, je suis la cible régulière de cette boîte à ragots, mais cela ne fait que me renforcer. 

Sur le plan personnel, 2018, c’est aussi une année très dure, car pour une femme comme moi, les affaires de cœur ne sont pas toujours faciles : mère célibataire, avec un poste à responsabilités, un rythme infernal, l’impossibilité d’échanger avec quiconque sur l’essence de mon travail pour ne pas trahir le secret professionnel, la distance que ce type de profession peut créer avec le sexe opposé…Bref, je ne suis pas la candidate idéale pour ces messieurs. Et pourtant, en septembre, mon cœur s’est emballé comme jamais, et quelqu’un a su conquérir la citadelle. Mais cela n’a pas duré longtemps, j’ai vite compris que nous n’étions pas sur la même longueur d’ondes et que nous ne recherchions pas les mêmes choses. Pourtant, cette fois-là, je me sentais vraiment prête à construire quelque chose de solide et de pérenne, car il avait tout de celui qui pourrait être mon partenaire de vie, mon co-équipier. J’ai eu mal comme jamais, alors j’ai pris des congés et je suis partie me ressourcer chez mes amis Sabrina et Teddy dans la montagne en Savoie. Là, je lis, j’écris, je mange, je sors, je ris, je respire le grand air. Je revis, je m’apaise, et à mon retour, j’écris un carnet de voyage que je lui envoie. C’était un peu ma façon de lui dire que je passais à autre chose, mais qu’il avait beaucoup compté pour moi. 

2019

À la fin de mon dernier conseil municipal à St-François, avec les élus de la majorité.
(Crédit photo: Cédrick-Isham)

Cette année qui est fraîchement derrière nous, aura certainement été l’une des plus difficiles pour moi ! Elle a commencé par un malaise de mon boss, en pleine séance de vœux au personnel municipal. Il m’a fallu sortir tous mes talents et mon expertise en gestion de crise et en relations presse. Il fallait bien évidemment rassurer l’équipe politique, et continuer à travailler malgré la convalescence du maire. Après Haïti, cela a été la seconde expérience que je considère la plus fondatrice pour la professionnelle et la femme politique que je suis devenue. Durant cette période délicate, j’ai pu compter sur le 1er adjoint, Teddy Mary, mais aussi sur la 4è adjointe, Lydie Sellin, ainsi que sur Simon Soudiagom, élu délégué à l’agriculture, et la conseillère municipale Line Belladin, entre autres qui n’ont jamais rien lâché !

Mais tous savaient que j’envisageais de me présenter aux élections municipales chez moi, et dès lors, je ne voulais pas être une directrice de Cabinet dont les actions politiques, quoique dans une autre ville, soient un obstacle pour son maire/boss. D’où ma logique démission en avril. Là aussi, j’ai été portée par la considération et l’amitié des élus de Saint-François que je tiens encore à remercier chaleureusement.

Cette histoire, c’est la mienne, et c’est moi qui l’écris malgré tout. Rester le numéro 10 de son propre match est important.

Parallèlement, j’avais sécurisé un autre contrat après avoir passé nombre d’entretiens et de tests d’embauche, dans une organisation sportive bien connue de la place et dont je devais devenir directrice générale. Mais dès que l’information a fuité dans la presse, au lendemain de ma démission de Saint-François, la politique du fann tchou s’en est mêlée, et je n’ai jamais pu intégrer ce poste, malgré un contrat en bonne et due forme. La presse en a fait ses choux gras en août dernier, mais je n’ai pas voulu alimenter ; la chose étant entre les mains du Conseil des Prud’hommes de la Guadeloupe. Résultat : de longs mois sans revenus, des adversaires politiques qui se frottaient les mains, mais surtout pour moi la nécessité de me recentrer, de me renforcer et de rebondir. Grâce à tout cela, j’ai repris le chemin de l’enseignement de la Philosophie et ai relancé mon entreprise et, plus que jamais, je suis déterminée à faire entendre une voix progressiste aux élections municipales et communautaires de Petit-Canal en mars 2020. 

À Bercy pour la conférence parisienne de Michelle Obama avec Fabienne Loubli et sa soeur, ma meilleure amie Flossie, et Sabrina Garès, Caribbean Boss Lady de Morne-à-l’Eau.

Au fond, cette décennie m’a appris une grande leçon que résume si bien Michelle Obama (sa conférence à Paris, mémorable en compagnie de Caribbean Boss Ladies !) aux pages 483 et 485 de son livre Devenir : « Devenir exige autant de patience que de rigueur. Devenir, c’est ne jamais renoncer à l’idée que l’on peut encore grandir. (…) Il ne s’agit pas d’être parfait. Il ne s’agit pas de savoir où mène notre route. Accepter d’être reconnu et entendu, de s’approprier son histoire singulière, de faire résonner sa voix véritable est une force. Et être disposé à rencontrer et à écouter l’autre est une grâce. » 

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