« Genou à terre pour Carmen Yulín Cruz Soto » ou « Nous sommes toutes des Carmen Yulín Cruz Soto ». Tels étaient les idées de titres d’un billet que j’ai commencé à écrire tout juste après la tentative misogyne de justification par Donald Trump de l’assistance lente et partielle portée par son administration à Puerto-Rico, après l’ouragan Maria. Justification misogyne intervenue après l’appel à l’aide de la mairesse de San Juan, PR, Carmen Yulín Cruz Soto. « Leadership pauvre » de la mairesse qui ne saurait pas comment mobiliser ses agents (sic!), a alors tweeté le Donald ! Facile, trop facile.
À mesure que j’écrivais ce billet, j’ai réalisé que cela dépassait le simple cas Trump vs Carmen Yulín Cruz Soto: il s’agit de l’illustration récente et publique la plus flagrante d’une violence terrible et subreptice que subissent au quotidien nombre de femmes. Le mansplaining.
En ce 2 octobre 2017, il est plus que jamais important de l’admettre et de le dire haut et fort : Le mansplaining est une violence perpétrée contre les femmes !

Qu’est-ce que le mansplaining ? Il s’agit d’un néologisme composé de la contraction de « man » (homme) et de « explain » (expliquer), démocratisé par l’essai « Men Explain Things to Me » de l’auteur américaine Rebecca Solnit, et qui désigne le fait, pour un homme, d’expliquer à une femme, de façon condescendante, ce qu’elle sait déjà, ce qu’elle devrait penser, dire, faire, comment se comporter, alors même que, bien souvent, les femmes victimes sont plus compétentes sur le sujet concerné que le mansplaineur. Une attitude paternaliste et autoritaire que certains hommes se croient fondés à avoir parce que les femmes, pour eux, sont supposées être perpétuellement dans une situation d’infériorité intellectuelle, mentale, physique, sociale, financière et/ou professionnelle. 

La mécanique du mansplaining est irrémédiablement la même : d’abord, l’on se fait brutalement interrompre (ça s’appelle le manterrupting), puis l’homme se drape dans une posture autoritaire, arrogante, grossière ou finement hypocrite, outré qu’une femme puisse oser s’exprimer sur un sujet et vouloir sortir de la prétendue infériorité féminine, pour nous « expliquer » nombre de choses que bien souvent nous maîtrisons déjà.

Admettons-le, le mansplaining, n’est le fait que d’hommes qui se sentent émasculés par des femmes assertives, compétentes et qui font mentir les préjugés sexistes et misogynes. Le mansplaining est le fait de ces hommes qui pensent que pour avoir une valeur de vérité, les propos, les pensées et les actions des femmes devraient être validés par un homme. Encore heureux, il existe de vrais hommes qui encouragent l’empowerment féminin. 

Et Solnit l’explique bien: le mansplaing est une « invitation au silence »; et j’ajouterai qu’il s’agit d’un déni d’humanité qu’une certaine catégorie d’hommes exerce envers les femmes. Le mansplaining, c’est donc cette force, cette position dominante qu’utilisent certains hommes pour contraindre des femmes assertives (ou qui tentent de l’être) au silence afin d’assurer la pérennité de la domination masculine. C’est une violence qui s’attaque au « droit de parler, d’avoir des idées, d’être reconnue comme détenant des faits et des vérités, d’avoir de la valoir, d’être tout simplement un être humain »* des femmes. 

C’est une violence, au sens propre du terme, même si, la plupart du temps, dans les faits, elle est subreptice et présentée comme un acte d’autorité « normale » par les hommes qui l’exercent et par les femmes qui l’ont intégré ou qui en sont complices.
Et même si nombre de progrès ont été réalisés dans la lutte contre les violences faites aux femmes, ce type de violence peut aussi être néfaste, car trop souvent expliquée par le caractère supposé paranoïaque ou hystérique des victimes. Je me souviens encore de cet homme, avec qui j’ai dû collaborer sur une mission d’ordre politique et stratégique, et qui m’a sorti : « Tu fais ta crise, tu ne comprends rien », lorsque je lui ai expliqué mon point de vue sur un dossier qu’il conduisait très mal. Le temps m’a finalement donné raison, mais à l’époque, j’ai été sidérée par cette violence ordinaire, et je dois avouer que cela m’a beaucoup choquée au point de me taire et de subir en silence. J’aurais voulu, ce jour-là, avoir la répartie et l’aplomb nécessaires pour lui sortir : « Tu es un furoncle sur la face de l’humanité et un obstacle à la civilisation. Honte à toi », en rappel à la dédicace de Solnit et l’un de ses mensplaineurs. 

Oui, le mansplaining est une violence car il peut être dévastateur pour nombre de femmes pour qui la confiance en soi, l’environnement au travail et le droit même de s’affirmer comme un être humain à part entière, sont problématiques.
Le mansplaining « empêche des femmes de parler et d’être entendues lorsqu’elles osent; il écrase les jeunes femmes dans un silence inquiétant en indiquant, de la même façon que le fait le harcèlement de rue, que ce monde n’est pas le leur. Il nous conditionne à douter de nous-mêmes et à nous limiter nous-mêmes, de la même façon qu’il valorise l’insupportable excès de confiance en soi des hommes »**, précise Solnit.
Et à elle de souligner encore que « la violence est une façon de réduire les gens au silence, de leur renier leur voix et leur crédibilité, et d’affirmer votre droit de contrôler leur droit à exister. »

Le mansplaining est cette violence ordinaire subie par les femmes victimes d’hommes qui pensent que l’intelligence prend corps dans un pénis. Une société civilisée et qui possède le progrès de l’Humanité comme l’une de ses valeurs fondamentales se doit de le dénoncer et de le combattre. 

Nous sommes toutes des Carmen Yulín Cruz Soto ! 



*Solnit, Rebecca. Men Explain Things to Me: And Other Essays (pp. 10-11). Granta Publications. Édition du Kindle. 

**Op. Cit. (pp. 4-5). Granta Publications. Édition du Kindle.

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