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Enfin l’Oscar pour Spike Lee !

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Lors de la 91èmecérémonie des Oscars, le génie de Spike Lee a enfin été reconnu par Hollywood, avec – on peine à le croire, et pourtant ! – le tout premier Oscar décerné au réalisateur afro-américain pour « BlacKkKlansman » en compétition. Non, pas un Oscar d’honneur comme celui de 2016, mais un « vrai » Oscar ! Longtemps boudé par les conservateurs de l’Académie des arts et des sciences du cinéma, Spike Lee n’a eu de cesse, dès ses débuts, de développer un cinéma résolument engagé et non-conformiste qui a fait son succès non seulement auprès des Noirs à travers le monde entier, mais aussi auprès des progressistes, en général, et des cinéphiles, tout simplement. Pour marquer l’occasion, CBL vous propose trois raisons (non exhaustives) pour lesquelles Spike Lee est et demeure un cinéaste incontournable dont nous aimons apprécier les œuvres. 

Son cinéma est engagé

Do The Right Thing

Le biopic de Malcolm X réalisé par Spike Lee en 1992, avec Denzel Washington et Angela Bassette, est LA référence qui revient souvent dès lors qu’il s’agit d’évoquer l’engagement du réalisateur en faveur de la cause afro-américaine. Si ce film est certes magistral et qu’il a été déclaré « culturellement, historiquement et esthétiquement important » par le National Film Registry en 2010 pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès américain, il n’en reste pas moins que Spike Lee a, dès ses débuts, donné le ton. Dès 1989, avec son quatrième long-métrage, « Do The Right Thing », Spike Lee s’est posé comme un cinéaste qui en plus de défendre la cause noire et de lutter contre le racisme et d’autres formes de discriminations, s’est aussi affirmé aussi comme un esthète qui ne trahit pas l’art au profit de la cause à défendre. Avec ce film qui dépeint des tensions raciales à Brooklyn, Spike Lee a imposé un style : montrer la réalité même dérangeante, de façon non-conformiste, sans oublier les ambivalences de la petite et de la grande histoires, avec une narration et une esthétique toujours recherchées. Ce qui a aussi valu à « Do The Right Thing » d’être conservé à la Bibliothèque du Congrès américain. 
Avec « BlacKkKlansman », Spike Lee a poussé son humour parfois absurde à son paroxysme aidant ainsi à s’interroger encore sur la gravité et l’horreur même de l’existence d’une organisation comme le Ku Klux Klan. 

D’ailleurs, dans son discours d’acceptation aux Oscars, il n’a pas hésité à réaffirmer son engagement et à appeler les Américains à « faire le bon choix » (« Do the right thing », en VO, en référence au titre de son film) tout en taclant le président Trump: « Je rends hommage à nos ancêtres qui ont permis à ce pays d’être ce qu’il est aujourd’hui, aux côtés des amérindiens qui ont été victimes d’un génocide. Nous sommes tous connectés à nos ancêtres. Nous regagnerons amour et sagesse, nous regagnerons notre humanité. Ce sera un moment puissant. Les élections présidentielles de 2020 sont toutes proches. Mobilisons-nous tous. Soyons tous du bon côté de l’histoire. Faites le choix moral entre l’amour et la haine. Let’s do the right thing ! Vous savez que je devais le placer. »

Les femmes chez Spike Lee sont puissantes et dérangeantes

Bande annonce de « She Hate Me » (2004)

Qu’il s’agisse de Nola Darling, l’artiste afro-américaine de New-York qui « gère » ouvertement trois amants, ou encore des héroïnes de « She Hate Me » et de « Girl 6 », le cinéma de Spike Lee fait très souvent la place à des femmes de tête qui ne font jamais rien comme tout le monde et qui, surtout, sont assertives et ne s’en excusent pas. La puissance de ces femmes noires, qu’elle soit esthétique, sexuelle, et même financière, a rarement autant été vue ailleurs. Dans « She’s Gotta Have It », Nola Darling assume pleinement ses trois amants au point de les inviter tous les trois à dîner pour Thanksgiving en leur imposant de ne pas lui demander de choisir. Avec « Girl 6 », il explore le monde du téléphone rose en mettant en scène le quotidien d’une jeune comédienne larguée par son impresario et qui doit tout de même manger. Le casting, tout simplement époustouflant malgré un tout petit budget de tournage, est doublé d’une bande originale à tomber signée Prince (d’ailleurs, Spike Lee s’est vêtu tout de pourpre en hommage à Prince lors des 91èmeOscars). Enfin, dans « She Hate Me », Kerry Washington campe le rôle de Fatima, l’ancienne copine d’un cadre supérieur dans les biotechnologies. Devenue lesbienne, elle fait alors appelle à son ex-compagnon (qui traverse une passe professionnelle et financière difficile) afin que ce dernier accepte de faire commerce de son corps pour devenir le père de son enfant et de celui de sa compagne. Ce personnage, très puissant et assertif, est certainement le personnage féminin le plus abouti de Spike Lee, des années même avant que les Anne-Lise Keating (« How To Get Away With Murder » de Shonda Rhimes) et autres Olivia Pope (« Scandal », joué aussi par…Kerry Washington !) n’arrivent dans les séries télévisées. 

Il a su réinventer Nola Darling en série pour Netflix

Bande annonce de « Nola Darling » version 2017 pour Netflix

En 2017, Spike Lee sort avec la plateforme Netflix une adaptation en série de son film culte « Nola Darling n’en fait qu’à sa tête» (« She’s Gotta Have It » ), Et c’est à l’occasion de Thanksgiving 2017 que la plateforme a lancé l’adaptation de ce film qui avait 31 ans en 2017, et qui met en scène les aventures poly amoureuses de Nola Darling, une jeune artiste Afro-Américaine, accro au sexe, qui a du mal à trouver sa place dans la société, et à définir son identité. Pour reprendre le rôle de Nola Darling interprété originellement par Tracy Camilla, c’est DeWanda Wise qui avait été choisie (auparavant repérée dans « Precious » de Lee Daniels, au théâtre dans « Spinning Into Butter » de Rebecca Gillman, et dans des productions indépendantes récompensées au Sundance Festival). Au casting, d’autres pépites comme Cleo Anthony, Lyriq Bent et Anthony Ramos (pour reprendre le rôle originellement interprété par Spike Lee). Les critiques pour cette adaptation qui a creusé la psychologie des personnages, et ravivé l’esthétique de l’original tout en la modernisant ont fait de la série un véritable succès. Une deuxième saison pourrait bientôt être produite. 

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