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Guadeloupe-Monique Ramsamy, ancienne coupeuse de canne à sucre raconte les conditions de travail d’antan dans les champs

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La récolte sucrière bat actuellement son plein en Guadeloupe, et l’heure est aussi aux souvenirs pour les anciens travailleurs de la canne qui à l’heure de la modernité, se rappellent le temps où il fallait encore couper et ramasser la canne à la main. Nous avons rencontré Monique Ramsamy, 80 ans, ancienne travailleuse de la canne dans le Nord Grande-Terre. Elle raconte la récolte « antan lontan », à l’usine de Beauport à Port-Louis. Monique Ramsamy sera aussi l’une des intervenantes à la conférence « Moi, femme travailleuse en milieu rural » dont CBL est partenaire le 16 mars prochain à Beauport.

Monique Ramsamy :J’ai commencé à travailler très tôt, dans les champs de canne. A 14 ans, mon frère aîné et même, avions commencé à aider nos parents dans les champs de canne. A l’époque, nous aidions à mettre du fumier. Le géreur avait trouvé que nous travaillions bien et il nous a donc proposé de travailler sous notre propre nom. Quand j’ai commencé à travailler, un coupeur devait abattre, en une journée, 150 paquets de cannes et devait par la suite les attacher. Et une attacheuse, devait 334 paquets pour la journée…pour 600 francs de l’époque.

Caribbean Boss Lady: Comment se déroulait une journée classique ?

MR : Nous habitions déjà à Petit-Canal, et il nous fallait partir de la maison dès 3 heures ou 4 heures du matin afin d’arriver à 6 heures dans les champs du Moule ou de Duval….à pieds. Car il n’était pas question d’arriver en retard, sous peine de se faire renvoyer par le géreur et donc, ne pas devoir effectuer la journée de travail. Sur place, si nous avions terminé la récolte d’un champ, l’on pouvait aussi nous emmener en charrette vers un autre champ. Une fois la canne récoltée, la locomotive venait récupérer les paquets afin de les emmener à la pesée à Beauport directement.

C’est donc l’usine qui vous employait directement ?

MR : Oui, nous dépendions de Beauport qui plaçait un géreur sur chaque habitation. Celui-ci était le supérieur de l’économe-gérant qui nous donnait les instructions de travail. Il effectuait aussi la paie, à chaque quinzaine. Il arrivait souvent que ces derniers soient dans quelque magouille et ils retenaient systématiquement une journée sur notre paie…Argent qui atterrissait, évidemment, dans leurs poches. A cette époque, les champs appartenaient encore à l’usine et ce n’est qu’à sa fermeture que la SAFER en a loués ou vendus.

Un mot sur vos conditions de travail?

MR : Outre le fait que nous devions nous lever tôt, les outils dont nous disposions étaient rudimentaires. Nous n’étions équipés que d’un coutelas et d’une paire de gants, pour éviter les ampoules aux mains. Quand les premières machines à ramasser la canne (kannodè) sont arrivées, au début des années 60, nos conditions de travail se sont considérablement dégradées. Le géreur nous imposait alors un volume de coupe plus important qu’auparavant. Puisque les machines étaient rapides, il nous fallait suivre leur rythme et de ce fait, nous ne faisions plus qu’en un quart de journée, tout le travail que nous effectuions en une journée entière, auparavant. Dès lors, l’usine faisait des économies et n’était plus tenue à nous payer une journée entière de travail. C’était un gros manque à gagner pour nous. De plus, après la fin de la récolte, en juillet, il nous fallait retourner la terre et mettre de l’engrais. Le géreur nous envoyait alors, délibérément, des quantités d’engrais que nous ne pouvions pas épuiser en une journée. Il prenait alors ceci comme excuse pour ne pas nous payer la journée ; puisque tout l’engrais n’avait pas été semé. C’est à ce moment là que les syndicats sont entrés en jeu.

Justement, comment  les syndicats se sont organisés et installés dans ce milieu?

MR : A l’époque, c’était M. Elarion Pétilaire qui organisait le mouvement syndical dans le Nord Grande-Terre. Il est venu, un jour, sur l’habitation afin de discuter avec les travailleurs. Il nous a expliqué comment nous nus faisions avoir. En fait, il prêchait à des convertis car nous subissions beaucoup de fraudes de certains géreurs. Grâce au syndicat, des protocoles ont pu être mis en place et chaque personne savait alors ce qu’il avait à faire et dans quel laps de temps. J’ai été une des premières femmes à se syndiquer d’ailleurs.

Il vous arrivait de faire grève ? Y’avait-il des débordements ?

MR : Oui, une fois syndiqués, dès qu’il y avait abus, nous arrêtions le travail et le lendemain, nous revenions avec le responsable syndical afin de mettre les choses au point. Souvent, les gendarmes venaient pour nous obliger à reprendre le travail. Men nou pa té pè jandab ! Ils restaient aussi surveiller les champs pour prévenir les incendies que certains mécontents auraient pu provoquer…surtout si le champ était infesté de mauvaises herbes (rires).

Vous viviez décemment de la canne ?

MR : Non, nous ne pouvions pas nous contenter de notre salaire de la canne. Chaque famille était obligée d’avoir un petit jardin ou même élever quelques animaux.

Ce n’était pas trop difficile d’être une femme dans les champs, et de surcroît une femme indienne ? On sait que les relations entre ethnies n’étaient pas toujours faciles

MR : J’ai eu la chance de travailler dans avec des équipes très respectueuses. Il n’y a qu’une seule fois où je me suis sentie en danger. Nous passions par des chemins de traverse, un jour, avec une amie, afin d’aller à Duval et un homme avait alors essayé de nous agresser. Dès lors, mon fils a décidé d’acheter une mobylette et de m’emmener travailler tous les matins. Mais c’était vers la fin des années 70, au moment où j’avais décidé d’arrêter la canne afin de prendre un poste plus intéressant à la commune.

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