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0 Guadeloupe, Législatives 2017 : 5 leçons à tirer de la victoire de Justine Bénin

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Nombre de mes lecteurs et followers connaissent mon implication dans les élections législatives 2017 dans la 2è circonscription de Guadeloupe. J’y ai dirigé la campagne de Laurent Bernier, qui a connu un demi-succès en se classant 3è sur pas moins de 26 candidats en lice. Très vite, nous avons appelé à voter Justine Bénin, qualifiée face à une candidate qui bénéficiait de l’appui majeur d’une grosse machine politique locale doublée de l’investiture « La République En Marche » d’Emmanuel Macron. La victoire, plus que méritée de Justine Bénin doit, selon moi, attirer notre attention sur 5 leçons majeures à retenir lorsque l’on se lance dans un combat politique.

 

L’ « équation personnelle »  par-delà les partis et investitures

Justine Bénin, figure emblématique de cette 2è circonscription de la Guadeloupe, n’était pas une inconnue pour les électeurs, lorsqu’elle a décidé de briguer leurs suffrages. Engagée en politique depuis 2008 auprès de Gabrielle Louis-Carabin, sur la liste municipale de laquelle elle est élue cette année-là au Moule, elle a depuis occupé les postes de vice-présidente de la Région Guadeloupe, conseillère départementale, présidente de l’Ecole de la deuxième chance, entre autres. C’est donc une femme politique qui a fait ses preuves, et qui n’a pas été parachutée.


Son « équation personnelle » (pour reprendre une expression souvent utilisée durant la campagne par les politologues Didier Destouches et Georges Calixte) aura été son plus bel atout, alors qu’elle n’avait pas reçu l’investiture de Guadeloupe Unie Solidarité et Responsabilité et de La République en Marche. Lesquels lui avaient préféré une autre candidate qui avait alors semblé aux Guadeloupéens trop « parachutée » et manquant d’expertise sur nombre de dossiers. Justine Bénin, elle, a su démontrer au fil des ans qu’elle est une politicienne proche des gens, à l’écoute, et qui dispose d’une personnalité entière qui ne laisse pas la place au doute quant à une probable manipulation de sa candidature et de sa mandature en coulisses. Tous les autres points que j’évoque par la suite, dans ce billet, permettent de mieux saisir cette « équation personnelle » qui fait fi des logiques de partis et d’investitures. Parce qu’au fond, aucun parti et aucune investiture ne peuvent donner ni charisme, ni relationnel sincère et constant avec l’électorat. Tout au plus, peuvent-ils aider certains candidats dociles à travailler le superficiel, dans l’urgence, mais pas à acquérir une véritable stature d’homme/de femme politique digne de confiance et compétent.e.

 

Le terrain, encore et toujours

26 candidats ! Autant vous dire que dans toute cette belle cacophonie républicaine et démocratique, de cette 2è circonscription de la Guadeloupe, deux choses allaient aider à faire une différence majeure pour les candidats : partir suffisamment tôt en campagne, en restant constant, et surtout, faire beaucoup de terrain. Enormément de terrain, tout le temps, encore et toujours. En politique, c’est une base dont il ne faut jamais s’éloigner, quand bien même vous avez les meilleurs communicants et community managers pour assurer votre visibilité dans les media et sur les réseaux sociaux.

 

Justine Bénin, même si elle ne s’est déclarée officiellement en campagne qu’en mai 2017, a été, à mon sens, inconsciemment ou pas, effectivement en campagne depuis au moins trois ans. Sans faire beaucoup de bruit, elle a été au plus près des électeurs, sur une base quasi quotidienne. Et, cerise sur le gâteau, elle a surtout su leur démontrer qu’elle pouvait leur être utile, leur apporter de réelles solutions grâce aux fonctions qu’elle a assurées avant d’être élue députée, ou encore grâce à son réseau. En résumé, la constante présence de Justine Bénin sur le terrain depuis des années, lui a permis d’affirmer une continuité de son intérêt pour les électeurs. Et, contrairement à d’autres, ce n’est pas la campagne, l’intérêt et l’opportunisme de la situation qui l’ont mise…en marche !

 

Savoir s’affranchir d’un mentor

Le coup de maître de Justine Bénin a été de s’affranchir de son mentor, Gabrielle Louis-Carabin, en douceur, avec une classe folle, et sans ne jamais mettre en cause cette dernière publiquement. Malgré les relations devenues tendues entre les deux femmes, il y a environ trois ans, Justine Bénin a continué à travailler sa base et à travailler sans se laisser perturber.
Si Gabrielle Louis-Carabin, maire du Moule et suppléante de la candidate qui avait raflé l’investiture GUSR/LREM au détriment de Justine Bénin, a été considérée comme la mère politique de la nouvelle députée, il n’en reste pas moins que cette dernière a su gérer son affranchissement de son mentor.


Son coup de maître a été la publication de « Ma méthode », un livre dans lequel elle livrait, en avril, ses réflexions de ce que devrait être un élu local. Livre écrit à la première personne du singulier, qui se base principalement de son expérience, et dans lequel elle explique sa vision des relations entre les politiciens et les citoyens, elle y a tué Gabrielle Louis-Carabin en ne lui accordant pas les conditions de possibilité d’exister sur les fondations de sa nouvelle vie politique : elle ne l’a presque jamais nommée, et elle n’entre pas dans les détails de sa brouille avec elle. Finement joué !

 

Résilience

L’essence même de la politique c’est savoir prendre des coups, les encaisser, ne jamais tomber, et en faire une force, sans pour autant trahir son identité, sa personnalité, et ses idéaux. Des coups, des humiliations, Justine Bénin en a pris. Et elle les a très souvent surmontés avec calme, pondération, en prenant de la hauteur, et avec un sourire aux lèvres qui ne la quitte plus jamais. Un sourire qui semble dire parfois : « Vous aurez beau vouloir m’abattre, mais je reste debout ! » Pour moi, Justine Bénin a su déployer une belle force de résilience qui lui a permis de transformer des expériences négatives en force motrice. Un must lorsque l’on fait de la politique, et encore plus pour les femmes qui subissent beaucoup plus d’attaques que les hommes, de toutes parts.

 

Le mérite par-dessus tout

Enfin, je suis convaincue qu’avec Justine Bénin, dans cette circonscription, c’est surtout le mérite qui a gagné. Et cela a ceci de positif que l’on est encore fondés à espérer, avec cette victoire qui fait mentir les logiques de partis et d’investiture, que la compétence et les expertises de quelqu’un qui a déjà fait ses preuves, seront toujours mieux appréciées qu’une personnalité en toc, totalement fabriquée, entre autres.

 

 


 

Crédits photo : Page Facebook de Justine Bénin