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0 Le « sans maquillage » : nouvel outil d’affirmation féministe

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On connaissait le « nappy », le fait pour les femmes noires et métisses de ne pas altérer chimiquement leurs cheveux afin d’avoir les cheveux raides, et de les porter fièrement au naturel, au point même d’en faire un élément esthétique de revendication et d’appréciation identitaires. Mais, depuis le début du mois de juin, c’est une nouvelle tendance au naturel qui a été popularisée grâce à une lettre ouverte de la chanteuse Alicia Keys. Lettre dans laquelle elle explique son choix d’adopter le No Make-Up, c’est-à-dire le sans maquillage.


 

 

« Time to Uncover », entendre par-là « il est temps d’enlever le masque ». C’est le titre de la lettre ouverte qu’Alicia Keys a fait publier le 31 mai dernier, dans « Lenny », la newsletter résolument féministe de Lena Dunham, réalisatrice de la série à succès « Girls » sur le network américain HBO.
Et le support choisi pour la publication de cette lettre ouverte est aussi important que le message véhiculé par les mots de Keys.
Lenny – le prénom Lena masculinisé, à bien y regarder –, est une newsletter envoyée deux fois par semaine, depuis neuf mois, à près d’un demi million d’abonnés.
Son but ? « Démanteler toute forme de patriarcat, à chaque newsletter ». Le ton est donné. Plus féministe et girl-power, pas possible.

La force de Lenny, c’est que par-delà le format newsletter, il est aussi devenu un medium à part entière en proposant des contenus exclusifs, pensés pour sa cible : politique, sujets de société et culturels, style de vie, etc. Tout y passe, et par le prisme de l’empowerment féminin et de femmes qui mettent en œuvre des processus d’affirmation de soi en accord avec les valeurs féministes qu’elles défendent, sans pour autant être des castratrices acharnées – comme certain(e)s aiment bien à caricaturer les féministes. C’est donc dans ce nouveau medium, sur mesure pour un public féminin qui veut s’affirmer, par-delà un certains nombre de diktats sociétaux qui leur imposeraient une forme de féminité pensée pour elles et sans elles, que Keys a expliqué son choix d’adopter le No Make-Up.

 

Ne plus subir des diktats

Par-delà le génial coup marketing qu’a réussi Keys avec ce plaidoyer pour le No Make-Up, en couplant sa lettre à la couverture de son prochain album (photo d’elle sans maquillage, tâches de rousseur et cheveux frisés), la chanteuse a réussi à se défaire d’un certains nombre de diktats de la mode globalisée imposés majoritairement par des éditorialistes, des photographes, des designer, des stylistes, tous des hommes et qui distillent sur nombre de supports une vision –leur vision– idéalisée de la femme qui ne prend pas en compte ce que veulent et désirent réellement ces femmes, au fond.

 

Alors oui, l’on pourrait arguer que le propre de la civilisation, de la culture, c’est de polir la nature et de la domestiquer. Certes.
Mais à bien y réfléchir, tous ces diktats imposés aux femmes sous le fumeux prétexte qu’elles seraient plus désirables, plus appréciables et appréciées, en se pliant à un certain nombre de codes – quitte à souffrir – n’est au fond qu’une barbarie sophistiquée qui emprisonne, sous un masque soi-disant civilisationnel, la force que chaque femme possède en elle.

Et c’est précisément ce qu’explique Keys dans « Time to Uncover » : « Avant de commencer mon nouvel album, j’ai écrit une liste des choses qui me rendaient malade. L'une d’entre elles, était combien les femmes subissent un lavage de cerveau pour penser qu'elles doivent être minces, sexy, désirables et parfaites. »
Et pour mieux se faire comprendre, la chanteuse a écrit une chanson intitulée « When a Girl Can’t be Herself » (quand une fille ne peut être elle-même, ndlr) : « Le matin, depuis la première minute où je me réveille/Que se passerait-il si je ne voulais plus mettre tout ce maquillage ? / Qui a dit que je dois cacher ce sont je suis faite ?/Peut-être que tout ce Maybelline (marque de produits cosmétiques, ndlr), cache juste mon estime de moi.
Et à Keys d’ajouter dans sa lettre : « Je ne veux plus me couvrir à nouveau. Ni mon visage, ni mon esprit, ni mon âme, ni mes pensées, ni mes rêves, ni mes combats, ni mon essor émotionnel. Rien. »

 

Keys n’a pas lancé cette tendance. En témoignent des millions de selfies d’anonymes et d’autres personnalités qui, sur Instagram et Twitter, s’affichent déjà depuis longtemps, au naturel, avec le hashtag #NoMAkeUp.
Mais tout comme une Victoria Beckham – grande prêtresse de la mode suffocante et ultra-doloriste depuis les années 90 – qui vient de déclarer ne plus vouloir systématiquement porter des talons hauts pour être appréciée et reconnue en tant que designer de mode, il aura fallu une Alicia Keys, icône de toute une génération pour enfin que nombre de jeunes femmes, nées à une époque où l’on n’a jamais été aussi libre puissent, enfin et aussi paradoxalement comprendre que l’on peut être soi, se réapproprier son identité et son corps, et être libre et appréciée, sans chichi ni fards. Merci !