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0 Nadège Carti-Sinnan, une dynamo intellectuelle au service du développement économique de Saint-Barthélemy

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Depuis janvier 2014, elle est la directrice générale de la Chambre Economique Multiprofessionnelle (CEM) de Saint-Barthélemy, et insuffle un beau dynamisme à cette institution clef du développement économique de l’île. Nadège Carti-Sinnan fait partie de ces professionnels dont l’excellente réputation les précède, et elle semble transformer en or tout ce à quoi elle touche.

 

Je suis originaire de Petit-Canal, une ville rurale et de caractère du Nord Grande-Terre, en Guadeloupe. J’aime m’y ressourcer entre deux missions, et par-dessus tout, j’aime les gens de cette région : ils sont sans chichis, authentiques, et, surtout, ce sont des personnes qui croient aux valeurs travail et mérite, du fait même de l’histoire et de la sociologie particulières de ce bassin cannier et agricole qui a accueilli, après la dernière abolition de l’esclavage en Guadeloupe, une vague de contractuels Indiens afin de remplacer les nouveaux libres dans les champs. Pourquoi est-ce que je vous parle de cela, alors même que je suis supposée vous dresser le portrait de Nadège Carti-Sinnan ?

 

Tout simplement parce que je retrouve en elle ces valeurs et cet attachement presque viscéral au travail et au mérite qu’ont les gens du Nord Grande-Terre. Et pour cause, même si elle est une Saint-Martinoise dans l’âme, Nadège Carti-Sinnan a aussi des origines canaliennes, comme moi. D’ailleurs, l’an dernier, lorsque j’ai annoncé à ma famille et aux voisins que je partais en mission pour un an à Saint-Martin, un de nos voisins a tout de suite dit à mon père : « Nou ni on môso fè Kannal anbala, sé on tèt, fo Axelle rankontré-y !»[1]
Et, lorsque je suis effectivement arrivée à Saint-Martin, au gré de mes rencontres, lorsque je parlais de Petit-Canal, et lorsque j’annonçais mon patronyme d’origine indienne, nombre de personnes, faisant le rapprochement, me parlaient tout naturellement de Nadège Carti-Sinnan – toujours en bien, avec des étoiles dans les yeux et un respect incommensurable et sincère. Au final, ma curiosité a été piquée, et j’ai fini par apprendre qu’elle était depuis quelques temps directrice générale de la CEM de Saint-Barthélemy. Et puis, nous avons fini par nous contacter via Facebook, par l’intermédiaire de connaissances communes. Voilà pour la petite histoire.

 

Une grande curiosité intellectuelle

Je dois dire que lorsque j’ai interviewé Nadège Carti-Sinnan pour ce portrait, j’ai tout de suite été marquée par sa détermination à réussir tout ce qu’elle entreprend, même si elle n’est jamais entrée dans des moules prédéfinis pour réussir : « J’ai un parcours atypique », m’a-t-elle très vite annoncé. Son bac, elle l’a passé à distance, avec le CNED. Mariée très jeune, elle a son premier enfant à 21 ans et décide durant les six premiers mois de sa grossesse de suivre une formation de remise à niveau, à distance. En 1991, alors que Saint-Martin connaît le gros boom de la défiscalisation, elle devient gestionnaire de portefeuille dans une agence immobilière qui est alors propulsée numéro 1 de la place. Là encore, elle ne se repose pas sur ses acquis et continue de se former. En quittant cette agence, ce sera pour devenir directrice d’une agence concurrente et ouvrir un commerce de prêt à porter pour enfants.

En plein divorce, elle fait de cette expérience qui aurait pu être vécue comme une épreuve insurmontable, un levier, une force pour ajuster son cap professionnel. Elle prend une autre voie et intègre un cabinet d’avocat de la place, et se spécialise ensuite en droit des sociétés et exécution forcée.

Puis, en 2007, elle se met à son compte, et lance son cabinet d’accompagnement aux entreprises. Là, elle collabore aussi avec les avocats de la place, et sa réputation de professionnelle pointue s’affirme de plus en plus. Un changement finement négocié, bien calculé donc, et qui lui aura permis de mieux valoriser ses compétences. Là encore, elle continue de se former et de se lancer à elle-même des challenges intellectuels. A 40 ans, elle est sélectionnée par l’ESC Paris pour suivre un programme à distance pour un master en management et ressources humaines. En 14 mois, elle est diplômée, avec mention.

 

 Cette « grande curiosité intellectuelle »  –  comme Nadège Carti-Sinnan le dit elle-même –  et un désir de se former continuellement qu’elle assume, voire revendique fièrement, sont des qualités indéniables de Boss Lady qui, à mon sens, constituent le corollaire et les conditions de possibilité les plus élémentaires de la réussite et du rayonnement d’un esprit aussi indépendant et perfectionniste que le sien.

 

Saint-Barth, « un pied de nez à elle-même »

Les activités de son cabinet la conduisent à voyager régulièrement dans la Caraïbe, notamment entre Saint-Martin, Saint-Barthélemy et la Guadeloupe, et lui permettent aussi de transmettre sa formidable énergie à ses clients.

En octobre 2013, elle commence à entendre parler du poste de directeur général de la CEM de Saint-Barthélemy qui serait vacant. « Les professionnels qui savent alors ce que je fais, mais aussi des élus me parlent alors de ce poste et me disent qu’il est fait pour moi », se souvient Nadège Carti-Sinnan. Mais à l’époque, pas question pour elle de lâcher son cabinet.
Mais, au fil des mois, elle commence finalement à y penser un peu, sans plus. Et puis le 1er janvier 2014, à minuit, elle décide de se lancer un défi en postulant à la direction générale de la CEM : « Je suis une pile électrique, j’ai le goût de l’aventure et j’ai peur du côté sédentaire. Cette candidature, c’était comme un pied de nez à moi-même », m’explique-t-elle.
Le 15 janvier, sélections faites et entretiens définitifs conduits par la CEM, Nadège Carti-Sinnan est nommée nouvelle directrice générale de l’établissement. Là, elle réalise et se dit : « C’est un défi à moi-même, je n’ai pas le droit d’échouer. Je suis ‘condamnée’ à réussir. J’ai accepté ce défi, donc je dois le relever ».

 

Et ce défi, Nadège Carti-Sinnan le relève avec brio, tout en restant elle-même : ancrée dans l’innovation, la curiosité intellectuelle, la recherche de la performance, et surtout une grande éthique professionnelle. Avec son caractère bien trempé, elle a aussi su insuffler un beau dynamisme à la CEM de Saint-Barthélemy. Un dynamisme symbolisé par un changement d’identité visuelle de l’établissement, avec un kaléidoscope multicolore pour donner le ton de son action. « Saint-Barth n’est pas dans la performance du m’as-tu-vu, et les gens ici sont attachés à la valeur travail. Je suis là pour les accompagner, pour piloter la CEM, exécuter le budget, mettre en œuvre les projets des élus, et faire des propositions. Je me dois d’offrir un outil performant au développement économique de Saint-Barth », me dit-elle, très sérieusement, en m’expliquant sa mission.

 

A ce poste, la grande curiosité intellectuelle de Nadège Carti-Sinnan est un atout, comme le prouve l’actualité de la CEM qui organise du 15 au 18 février 2017 la deuxième édition de « Saint-Barth Smart Island », une série de conférences autour du numérique, de l’innovation dans le domaine du tourisme  et du développement économique de Saint-Barthélemy.

 

A ce poste de directrice générale de la CEM de Saint-Barthélemy, « la curiosité intellectuelle, ce n’est pas une fracture du crâne, c’est s’informer tout le temps, et être tout le temps à la rencontre de tous les Outre-mer », conclut Nadège Carti-Sinnan avec le franc-parler qui la caractérise aussi.

 

 

 


[1] Créole guadeloupéen : Nous avons une référence canalienne à Saint-Martin, c’est une tête, il faut absolument qu’Axelle la rencontre.