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1 Virginie Raqui, mètamannyôk made in Petit-Canal

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Virginie Raqui est une jeune exploitante agricole et agro-transformatrice que j’admire depuis de nombreuses années. Originaire de Petit-Canal, dans le Nord Grande-Terre en Guadeloupe, comme moi, je suis avec une attention toute particulière son parcours ponctué de combats portés dignement pour les agriculteurs de la région. Dans ce milieu très masculin, elle a su faire entendre sa voix et imposer le respect grâce à son travail de qualité.

 

L’amour de la terre du Nord Grande-Terre

Virginie Raqui est l’une de ces femmes qui forcent naturellement le respect. Depuis plusieurs années, je connais son travail d’exploitante agricole et d’agro-transformatrice. Une jeune femme, mère de famille, dans ce milieu, surtout dans la culture de la canne à sucre, un domaine très pénible physiquement, cela impressionne d’emblée. Mais c’est surtout lorsque nous avons milité ensemble, à un niveau politique, à l’occasion des élections municipales, en 2014, que j’ai appris à mieux la connaître : passionnée par sa région et l’agriculture, éprise de justice, Guadeloupéenne consciente, elle a à cœur un traitement équitable pour les agriculteurs du Nord Grande-Terre.

 

L’agriculture et la canne à sucre, Virginie les a dans la peau depuis son plus jeune âge. Elevée au grand air de la campagne du Nord Grande-Terre et de Petit-Canal, terre rurale par excellence où les valeurs de mérite, de travail, d’effort et de persévérance sont une boussole pour plusieurs générations de femmes et d’hommes de ce Nord fier, cette femme est un pur produit de relations transgénérationnelles constitutives de notre région à l’histoire riche en douleurs et violences historiques, et sublimées en opportunités et en rage de réussir.

 

 

 

Une leader-née

Fille et nièce d’exploitants agricoles, cultivateurs de canne à sucre, elle est aujourd’hui à la tête d’une exploitation de près de 10 hectares, sur lesquelles elle cultive de la canne à sucre, à hauteur de 60%, selon un quota imposé par son contrat de fermage. Ce qui me plaît chez Virginie, c’est que non seulement elle a choisi ce travail physiquement contraignant, mais elle a aussi fait de la maîtrise de tous les aspects réglementaires et innovants de son activité un atout considérable.

 

« A chaque fois que je passais l’un de mes diplômes agricoles, je venais d’accoucher. Ce n’était pas facile, mais j’étais déterminée, j’avais un but à atteindre, et j’étais bien entourée. Pour mon premier diplôme, ma première fille avait tout juste cinq mois. A l’époque, pour aller en cours en ville, il me fallait la laisser chez ma mère du dimanche au vendredi. Ça m’a fait mal, et obtenir ce diplôme s’est fait au prix de sacrifices et d’une forte solidarité familiale », raconte Virginie, aussi maman de trois enfants. Virginie défie tous les préjugés selon lesquels les exploitants agricoles seraient des incultes qui n’auraient pas eu d’autre alternative que l’agriculture. Non, pour elle, l’agriculture est un choix réfléchi et délibéré, car cette terre de Nord Grande-Terre, elle l’aime et la respecte. Et en cherchant à acquérir et développer un maximum d’expertise, elle désire justement valoriser cette terre, les hommes et les femmes qui la font vivre.

 

Les femmes et les hommes qui cultivent cette terre du Nord Grande-Terre comptent aussi pour Virginie : La nécessaire augmentation du prix de la tonne de canne pour les planteurs, le paiement de la mélasse, plus de justice pour les membres des coopératives agricoles, le mode de calcul des retraites pour les agriculteurs ? Tous ces sujets, elle les maîtrise aussi. Et en plus de connaître ces dossiers, Virginie ne cesse de mettre son expertise au service de la lutte pour plus d’équité pour les petits planteurs. Et même si elle a pu endurer de grandes adversités lors de ces combats, Virginie ne lâche rien et reste debout.

 

La canne à sucre, ce n’est pas juste un métier pour Virginie. Et ça, ça me plait chez elle. Elle est passionnée par l’histoire de cette culture sur notre territoire : comment, d’une spécialité coloniale et esclavagiste, cette culture est-elle parvenue à façonner les rapports interpersonnels et sociaux en Guadeloupe, en général, et dans le Nord Grande-Terre, singulièrement ?
Forte de cette expérience et curieuse de notre histoire singulière, Virginie anime aussi des ateliers autour des produits et des sous-produits de la canne à sucre dans un musée dédié à la canne. Un savoir qu’elle transmet aussi avec plaisir à ses clients, chaque samedi, aux Mangles, lorsqu’elle fabrique devant eux le meilleur jus de canne à sucre de la Guadeloupe.