Violentées, harcelées, puis tuées, les cas choquants de femmes victimes de leurs ex se multiplient en France, et singulièrement dans la Caraïbe française. Le Grenelle des violences conjugales lancé le 3 septembre, après le franchissement symbolique du 100ème féminicide, peine encore à convaincre, et la réalité des femmes victimes de violences conjugales demeure critique. Loin de constituer une nouvelle tendance, les cas récemment médiatisés reflètent une réalité bien installée, depuis des années. Mais, au-delà de cette actualité traumatisante, bon nombre de femmes parviennent à casser les liens violents et abusifs qui les liaient à leurs ex. Caribbean Boss Lady a rencontré deux jeunes femmes qui, elles, ont réussi à s’en sortir.

Une des questions soulevées par la recrudescence de violences faites aux femmes, est celle de l’après pour celles qui n’ont pas eu à subir l’irréparable. Comment casser les schémas d’une relation abusive et, surtout, comment s’en sortir ? L’espoir d’un retour à une vie normale est souvent difficile à entrevoir pour nombre de femmes violentées, physiquement ou psychologiquement. 
En effet, « l’état de sidération premier empêche une réaction positive », nous expliquait il y a déjà sept ans Hélène Migerel, docteure ès Sciences Humaines et psychanalyste.

Comprendre l’anormalité d’une relation violente

Si dans un premier temps, la violence d’un conjoint ou d’un ex laisse les femmes victimes dans un état de « sidération » qui anesthésie presque l’instinct de survie, il ressort des expériences croisées des femmes que nous avons rencontrées, que la compréhension du caractère pathologique d’une relation violente, constitue incontestablement la première étape vers un retour à une vie normale. 

Marie*, la jeune trentaine, raconte le moment où elle a pris conscience de l’anormalité de sa situation : « Notre relation s’était gravement dégradée, après des années d’idylle. J’avais découvert qu’il m’avait menti sur sa situation maritale. En effet, mon ex était marié, et père de famille. En découvrant le pot aux roses, j’ai alors mis un terme à notre relation. Il a alors commencé à me harceler, et à me menacer verbalement, mais aussi par textos et e-mails. C’était des appels intempestifs à toute heure du jour et de la nuit. »

Au début, Marie excuse ces agissements en pensant qu’il s’agit juste d’une manifestation de la déception de son ex. Rien de bien grave, s’était-elle alors dit. Mais, quelques mois plus tard, alors qu’elle commence à refaire sa vie, les choses se gâtent : « Il a su que mon nouvel ami – avec qui je suis désormais mariée – se trouvait à mon domicile, et, un jour, il a débarqué. Il voulait entrer, mais nous ne lui avons pas ouvert. Il a alors  fait un scandale et a menacé de nous tuer et de mettre le feu. Nous avons prévenu la police qui n’a pas bougé ! Ce sont des amis et de la famille qui l’ont raisonné.»
À ce moment précis, où elle comprend que son ex représentait une menace pour sa vie, Marie a aussi réalisé la violence et l’anormalité d’agissements qu’elle avait jusqu’alors excusés.

L’homme violent est persuadé de son bon droit et refuse d’être répudié, d’autant plus que la représentation de l’homme reste pour le masculin l’image du décideur qui mène le jeu. Le changement de rôle est mal accepté. Sa proie lui « échappe » et en même temps elle lui inflige une blessure narcissique : celle de ne pas être aimé.

Dr Hélène Migerel

Sophie*, la cinquantaine, des années de violences conjugales derrière elle, nous a aussi expliqué qu’elle a saisi le caractère pathologique de la relation dans laquelle elle était enfermée le jour où son ex a fait un scandale sur son lieu de travail, sous prétexte qu’elle collaborait avec trop d’hommes, même dans le cadre de ses activités professionnelles. 
« L’homme violent est persuadé de son bon droit et refuse d’être répudié, d’autant plus que la représentation de l’homme reste pour le masculin l’image du décideur qui mène le jeu. Le changement de rôle est mal accepté. Sa proie lui « échappe » et en même temps elle lui inflige une blessure narcissique : celle de ne pas être aimé. Le passage à l’acte est la résultante d’un syndrome dépressif qui viendrait réactiver l’angoisse d’abandon de l’enfance ; le refoulé fait retour. La carence affective est à l’œuvre dans ce type de crime dit passionnel », analyse le Dr Migerel.

Avoir le courage d’aller de l’avant

Dès lors qu’elles ont cessé d’excuser les agissements violents de leurs ex, Marie et Sophie, surmontant la honte qu’elles éprouvaient, paradoxalement, ont commencé à parler de leurs souffrances. Amis, parents, psychologues, nous confient-elles, les ont tous aidé à trouver des solutions plus ou moins durables pour s’extraire de ces relations violentes.

Pour Marie, il aura fallu s’exiler dans un pays étranger, pour « avoir enfin la paix ». Aujourd’hui, installée dans sa nouvelle vie, loin de la Guadeloupe et de son ex violent, elle confie que sa famille et ses amis ont été sa principale force: « À l’époque, j’étais toujours sur le qui-vive, à l’affût du moindre coup de fil. C’était très pénible. Aujourd’hui, j’ai pu me reconstruire. Mais cela a pris du temps, et il m’aura fallu trouver le courage nécessaire de penser d’abord à moi et de partir, pour m’éloigner des violences de mon ex.»

Sophie, elle, n’a pas eu à quitter la Guadeloupe. Elle a convaincu son ex d’engager une démarche plus positive en allant, avec lui, en thérapie, afin qu’il accepte la rupture et en comprenne les origines. Et, même si cela n’a pas toujours été facile, Sophie confie que « la rencontre avec un professionnel a été salvatrice. » 
« Je me sentais toujours coupable de l’abandonner et me disais aussi que c’était un peu de ma faute qu’il agissait comme il le faisait. En thérapie, j’ai compris que je n’avais pas à me tenir responsable de ses actes. Lui, a compris aussi qu’il devait assumer ses responsabilités et qu’en aucun cas l’amour ne peut excuser les maltraitances, physiques ou psychologiques», précise-t-elle, consciente du caractère assez exceptionnel de l’issue de son histoire.


*À la demande des témoins, et par souci de préserver leur anonymat, les prénoms ont été remplacés.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here